Lucian Freud – Interior in Paddington

Le deuxième devoir du cours sur la couleur consiste en une analyse d’oeuvre.

J’ai choisi Interior in Paddington de Lucian Freud :

Lucian Freud - Interior in Paddington

Lucian Freud, petit-fils du père de la psychanalyse, est né à Berlin en 1922. En 1934, sa famille s’installe à Londres pour fuir l’Allemagne nazie.

Il commence sa carrière de peintre par quelques œuvres d’inspiration surréaliste. Viendront ensuite des œuvres réalistes, essentiellement des portraits, où les moindres détails sont particulièrement soignés et représentés avec précision et méticulosité. Les reflets dans les yeux des personnages en témoignent.

Entre la fin des années 50 et le début des années 60, il se remet complètement en question : il privilégiera de plus en plus la peinture au dessin et troquera son pinceau fin contre une brosse dure avec laquelle il peindra désormais en appliquant, avec une précision remarquable, de grosses touches de couleurs, qui lui permettront de restituer magnifiquement aussi bien les carnations que les contours et les ombres et les lumières. Un peu plus tard, il améliorera encore le rendu de la lumière en remplaçant le blanc qu’il utilisait auparavant par du blanc d’argent.

Ce sont les portraits et les nus de cette dernière période, représentés dans un environnement dépouillé et dans des attitudes crues, qui ont assuré la renommée du peintre. Il peindra également quelques rares natures mortes, parmi lesquelles le célèbre lavabo de son atelier.

Lucian Freud décèdera en 2011 après avoir vu plusieurs fois ses œuvres faire l’objet d’expositions.

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C’est en 1951, pendant sa période réaliste, qu’il peint « Interior in Paddington ».

Cette huile sur toile de 1 m 15 sur 1 m 52, peinte avec une technique lisse qui évoque presque l’aquarelle, représente Harry Diamond, un ami de Freud, dans son appartement londonien. Lucian Freud préférait peindre des personnes de son entourage plutôt que de faire appel à des modèles professionnels.

Pour la réalisation de cette œuvre, Harry Diamond a dû poser pendant six mois. L’impatience qui a fini par résulter de ces longues séances de pose était stimulante pour Freud, qui aimait que ses modèles se trouvent dans un certain inconfort, afin de mettre en évidence leur vérité psychologique. Et c’est particulièrement réussi, puisque l’œuvre nous donne l’impression de bien connaître l’individu.

Peu de couleurs entrent dans la composition de cette toile. Sur le plan intérieur, on remarque tout d’abord le rouge-orangé, saturé et un peu éteint (tapis de sol), qui s’oppose en contraste chaud-froid, avec les différentes valeurs de vert et de brun tirant sur le gris (plante, plancher, vêtements du personnage), et enfin les surfaces très claires, presque blanches (plinthes, tour de la fenêtre, plan extérieur). Quelques touches de noir, disséminées (lunettes, chaussures, barreaux en fer forgé) donnent du relief et de la vigueur à la composition et renforcent les autres couleurs.

Un léger contraste clair-obscur oppose le plan extérieur au plan intérieur. Néanmoins, ni l’un ni l’autre de ces plans n’est très lumineux.

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L’appartement est dépouillé, vide de meubles, les murs sont nus. Seuls, une plante, au premier plan, et un tapis, occupent l’espace dans lequel le personnage se tient debout, à l’arrière-plan, dans une posture avachie. Son aspect est négligé, il porte depuis pas mal de temps les mêmes vêtements défraîchis et trop grands pour lui.

Il ne respire pas la joie de vivre. Sa main droite est crispée, comme s’il voulait enfermer, retenir quelque chose. Sa main gauche tient négligemment une cigarette. Son regard est dirigé vers la plante, mais il ne la voit pas. Il semble indifférent aussi bien à ce qui l’entoure qu’à lui-même, concentré uniquement sur ce qui occupe ses pensées. Néanmoins, son regard est vif et on pressent une activité cérébrale intense, contrastant avec l’immobilisme corporel du personnage.

La plante est négligée et souffre de ne pas avoir été soignée depuis longtemps. Elle est plus grande que le personnage et posée à cheval entre le plancher et le tapis de braise, qu’elle repousse légèrement en provoquant quelques ondulations, autre signe de négligence.

Il règne dans l’appartement une atmosphère tendue, pesante, silencieuse.

La fenêtre laisse entrevoir la rue. Le personnage n’y prête aucune attention. Elle est fermée et on ne voit pas de dispositif d’ouverture. Elle se présente comme une barrière entre deux mondes : le monde intérieur, silencieux et statique et le monde extérieur, dynamique et sonore. Entre le silence et le bruit, entre l’inanition et l’action, entre la pesanteur et la légèreté, entre l’enfermement et la liberté, entre soi et les autres.

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Pour conclure, ce tableau, en apparence dépouillé, nous présente un individu enfermé dans sa prison intérieure, dont le destin est de se consumer sur les braises de son enfer personnel, évoquées par la couleur du tapis de sol. Acceptant son destin, son isolement, il a renoncé à prendre soin de la vie, aussi bien de la sienne que de celle de sa plante, sa seule compagnie. Ce qui n’est peut-être pas très loin de correspondre à la personnalité du peintre, entièrement voué à son œuvre, et qui a négligé d’aménager son atelier.

Remarques du professeur (Mazzone) :

Bien pour l’analyse, mais il vous a échappé que les proportions du personnage étaient fausses. Il occupe pratiquement l’ensemble de l’espace vertical. Cette déformation permet de l’associer directement à la plante qui, tout comme lui, parait « malade ».

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